Dans plusieurs fermes autonomes visitées par Le Jeune Paysan, une construction intrigue : une serre à moitié enfoncée dans le sol, dont on ne voit dépasser que le toit vitré. C’est une serre enterrée, aussi appelée walipini, un mot venu des Andes où cette technique permet de cultiver en altitude malgré le froid. Son secret : profiter de la température stable de la terre en profondeur pour garder les cultures hors gel tout l’hiver, sans chauffage. Voici comment elle fonctionne et ce qu’il faut savoir avant de se lancer.
Le principe
À partir d’une certaine profondeur, la température du sol varie très peu au fil des saisons : elle reste proche de la température moyenne annuelle de la région, soit en France autour de 10 à 13 °C. En creusant la serre sur 1,5 à 2 mètres, on la place dans cette zone tempérée. Les murs de terre stockent la chaleur du soleil le jour et la restituent la nuit. Le toit transparent, orienté plein sud, capte un maximum de lumière d’hiver.
Les avantages
- Des cultures hors gel sans chauffage dans la plupart des régions.
- Une saison prolongée : semis précoces au printemps, salades et légumes-feuilles tout l’hiver.
- Plus de fraîcheur l’été que dans une serre classique, à condition de bien ventiler.
- Une bonne résistance au vent grâce à son profil bas.
Concevoir sa serre enterrée
| Élément | Repères |
|---|---|
| Orientation | Grand côté face au sud, toit incliné pour recevoir le soleil bas d’hiver |
| Profondeur | Environ 1,5 à 2 m sous le niveau du sol |
| Murs | Terre talutée, pierres, briques ou murs maçonnés selon la tenue du sol |
| Toiture | Polycarbonate alvéolaire ou verre, avec isolation du pignon nord |
| Ventilation | Ouvrants hauts et bas indispensables contre la surchauffe et l’humidité |
| Drainage | Drain périphérique et évacuation de l’eau de pluie, impératif |
Des bidons d’eau peints en noir le long du mur nord ajoutent de l’inertie : ils emmagasinent la chaleur du jour et la libèrent la nuit.
Les erreurs à éviter
- Creuser dans un terrain humide : avec une nappe phréatique haute ou un sol qui retient l’eau, la serre devient une piscine. Faites un trou test en hiver avant de vous lancer.
- Négliger le drainage : l’eau de ruissellement doit être détournée de la fosse.
- Sous-estimer la ventilation : condensation, maladies et surchauffe guettent une serre fermée.
- Oublier la tenue des talus : selon le sol, les murs de terre doivent être soutenus pour ne pas s’effondrer.
- Prévoir un accès glissant : soignez les marches et la descente.
Budget et démarches
Le coût dépend surtout du terrassement (location d’une mini-pelle ou intervention d’un professionnel), de la toiture et des matériaux de soutènement. Une petite serre autoconstruite peut rester modeste si vous faites le terrassement vous-même ; une grande structure maçonnée représente un vrai chantier. Côté urbanisme, une serre peut nécessiter une déclaration préalable, voire un permis, selon sa surface et sa hauteur : renseignez-vous auprès de votre mairie avant de creuser.
Que cultiver dans une serre enterrée ?
- En hiver : mâche, laitues d’hiver, épinards, roquette, blettes, oignons blancs, radis.
- Au printemps : semis de tomates, aubergines, poivrons et courges, bien avant la date habituelle.
- En été : tomates, concombres et aubergines, en surveillant la ventilation.
- Toute l’année : herbes aromatiques comme le persil ou la coriandre.
Une alternative plus simple
Si le terrassement vous fait peur, une serre adossée à un mur exposé au sud (le mur stocke la chaleur), un tunnel avec double voile d’hivernage ou une simple serre en verre de 20 m² comme celle de Lor, en montagne, permettent déjà d’allonger nettement la saison. Combinez-la avec un paillage permanent et de l’eau de pluie pour l’arrosage.
Questions fréquentes
Une serre enterrée gèle-t-elle ?
Bien conçue, elle reste généralement hors gel. Lors de froids extrêmes, un voile d’hivernage posé sur les cultures apporte une sécurité supplémentaire.
Quelle taille prévoir ?
Une largeur de 3 à 5 mètres facilite la couverture du toit. La longueur dépend de vos besoins et doit suivre l’axe est-ouest.
Faut-il arroser davantage ?
Comme toute serre, elle ne reçoit pas la pluie. Récupérer l’eau de son propre toit dans une cuve placée à proximité est la solution la plus pratique.


